Une réflexion, il faut en avoir un peu
Les Inrocks - Edito : aujourd'hui, le foot, c'est la guerre
Le budget de la Fifa dépasse celui de la France. A-t-on bien
mesuré la puissance du foot ? On prend encore cela pour un
divertissement au sens pascalien du terme, une façon de fuir le chômage,
les salaires ric-rac et les scènes de ménage. Mais les bénévoles qui
faisaient fleurir le foot amateur et éduquaient la jeunesse, tout cela
relève d’une antique mythologie.
Aujourd’hui, le foot, c’est la guerre. On s’attaque à coups de
milliards, sponsors et chaînes de télévision. Les Etats mobilisent.
Ecoutez le combatif Sarkozy parlant de la candidature française à l’Euro
2016 : “Nous pensons en France que le sport est une réponse à la
crise. C’est justement parce qu’il y a des problèmes qu’il faut
mobiliser tout un pays vers l’organisation de grands événements. Et
qu’est-ce qu’il y a de plus fort que le sport, et dans le sport, le
football ?”
Voilà de quoi s’interroger sur ces plans où l’on voyait Mme Merkel à
côté d’un Michel Platini souverain durant le match entre l’Allemagne et
la Grèce. Lequel pèse le plus lourd, de la chancelière ou du président
de l’UEFA ? Les commentateurs font les malins en demandant : “Qui va sortir de l’Euro ?” De quel euro ? La monnaie ou la compétition ? Comme l’explique Sarkozy, les deux finissent par se confondre.
D’où vient la puissance du foot, si ce n’est de l’énergie et de la
passivité de ces milliards de gens devant leurs écrans. Entre les mains
des oligarches, des Berlusconi et des mafias, le sport nous vend un
plaisir par procuration tout en poussant un chauvinisme féodal avec ses
peintures de guerre, ses oriflammes et ses écus. Héros de cette triste
musique, Thierry Roland, qui lâcha son micro en plein Euro, nous inonda
pendant cinquante ans de ces sottises tribales. La nation et les médias
lui ont fait des obsèques de chef d’Etat, retransmises par les chaînes
d’info. Ce jour-là, la crise, la Grèce et la Syrie avaient disparu
derrière “M. l’arbitre, vous êtes un salaud”. Ces
commentateurs-consultants, hommes-sandwichs de la multinationale foot
s’étouffaient de nostalgie devant la profondeur de la
pensée-Thierry-Roland.
Il y a peu, les mêmes tordaient le nez devant les mauvaises manières
de ces joueurs issus de la banlieue et devenus si riches. A tout
prendre, nous préférons un Ribéry qui malmène la syntaxe à la solidarité
chauvine du foot-business.